Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification Au Maroc

جمعية محاربة الانجراف، الجفاف والتصحر بالمغرب

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    Kasbat, une oasis du Bani.

    Un film de Philippe Jouve

    1 Une oasis au coeur d’une longue histoire

    Kasbat est une oasis du Sud marocain. Comme la plupart des oasis de la région, elle a beaucoup souffert des grandes sécheresses des années 80 qui ont fortement réduit ses ressources en eau et provoqué son déclin.

    Grâce à l’action d’hommes (et de femmes) de bonne volonté et l’aide de l’Alcesdam (Association marocaine de lutte contre l’érosion la sécheresse et la désertification) cette oasis a pu survivre et se reconstruire.

    Mais on ne peut raconter l’histoire de l’oasis de Kasbat sans la resituer dans la grande et longue histoire des différents ensembles géographiques et humains auxquels elle appartient , à savoir l’Anti-Atlas, les oasis du Bani, la région de Tata et la grande Oasis d’Akka dont elle fait partie.

    Commençons par l’Anti-Atlas. Voilà une région bien singulière et en grande partie méconnue car tenue à l’écart, jusqu’à ces dernières années, des grands courants touristiques du Sud marocain.

    La partie qui nous intéresse se situe entre la vallée du Souss et le haut Atlas au Nord et la vallée du Draa au Sud.

    Les chaines de montagne qui la constituent se sont formées il y a plus de 300 millions d’années lors de l’orogénèse hercynienne, suite à la collision entre les plaques tectoniques africaine et euraméricaine.

    Cette ancienneté a fait que l’Anti-Atlas est riche de fossiles de toutes sortes : Orthoceras, bélemnites, trilobites etc

    Orthoceras , fossile de 300 à 400 millions d’années

    On y trouve même des fossiles de dinosaure (Au nord d’Ouarzazate, à Toundout, le Tazoudasaurus Naïmi mesurant 9 mètres, vieux de 180 millions d’années)

    Par ailleurs, l’aridité du climat et la longue histoire géologique ont façonné des paysages minéraux assez époustouflants : Montagnes sauvages sculptées par l’érosion, couches géologiques s’empilant à la verticale telles les pages d’un livre très ancien, plis et festons dessinant des arabesques ou des coeurs de pierre. Et soudain quand le soleil jette ses derniers feux la montagne s’embrase !

    L’occupation humaine est aussi très ancienne.

    Ainsi parmi les très nombreux sites archéologiques que compte la région on peut visiter celui de Tiwinziwin près d’Akka. On y trouve une vaste surface jonchée de débris de poterie et d’éclats de taille de bifaces qui atteste d’une présence humaine à une époque difficile à dater précisément mais fort lointaine, probablement il y a plusieurs milliers d’années.

    Sur le même site se trouve des tumulus témoignant de l’existence de rites funéraires assez mystérieux que l’on retrouve dans d’autres lieux de la frange nord du Sahara.

    Sur un escarpement rocheux proche du site précédent, dominant une vaste étendue aride mais qui il y a 8 à 10000 ans devait être une savane, on a recensé 320 gravures rupestres d’animaux divers, gazelles, girafes, autruches, éléphants, rhinocéros qui peuplaient cette savane au climat plus humide. Certaines de ces gravures montrent des signes du début de la domestication des animaux.

    Chassés de Mésopotamie par Nabuchodonosor, au VI siècle avant notre ère, des juifs migrèrent vers l’ouest de la méditerranée. D’autres diasporas conduisirent une partie des migrants juifs à s’installer dans le Sud du Maroc et en particulier dans la vallée du Draa où ils participèrent activement au commerce transsaharien et y développèrent la métallurgie du cuivre et de l’argent et la fabrication des bijoux.

    La création d’Israël et l’interminable conflit israélo-arabe qui en a résulté, ont provoqué l’exode de cette population juive et la fin d’une cohabitation qui aura duré plus de 20 siècles et dont il reste de nombreuses traces dans la région.

    Ainsi dans des villages comme Tazart, Tagadirt ou Tissint, subsistent, en partie ruinés, les mellahs, les quartiers où vivaient les juifs.

    Ruine du Mellah de Tazart

    Plus étonnant, trois grands prophètes juifs originaires du moyen Orient, seraient enterrés dans la région : Sidi Chanaouel (Samuel à Tamdoult), Sidi Izkil (Ezechiel) entre Tizerht et Issafen et Sidi Dounial (Daniel) à Tagmout, dont la tombe est vénérée aussi bien par les juifs que par les musulmans. (Ref. Mohamed Handaine . Tamedoult. Histoire d’un carrefour de la civilisation maroco-touarègue p.40)

    Tombe de Daniel à Souk Tleta de Tagmout
    Tombe de Samuel à Tagmout

    Selon l’ouvrage le Maroc saharien au fil du temps « le plus ancien témoignage sur les juifs du Maroc est la pierre tombale de Yusef Ben Mimoun, qui remonte à l’an 3756 de l’ère hébraïque (5 av. J.-C.) ». Elle est située sur les bords de l’Oued Draa, dans l’oasis d’Ifrane.

    Il faut savoir aussi que le fidèle compagnon qui accompagna Charles de Foucault dans sa reconnaissance du Maroc en 1883 et 84, le rabbin Mardochée Aby Serour, était originaire de la grande oasis d’Akka.

    Dans la même oasis on peut observer deux monuments tout à fait remarquables. Le premier situé au nord de la palmeraie, est le minaret de l’ancienne mosquée d’Agadir Amghar, copie à une échelle plus réduite de la tour Hassan de Rabat et qui a fait l’objet d’une restauration récente.

    Le second est le minaret du village voisin de Kasbat, très semblable, en plus petit, à la fameuse Koutoubia de Marrakech, elle-même soeur de la Giralda de Séville en Espagne.

    Ces constructions datent du 12° siècle, à l’époque où la dynastie berbère des Almohades étendait son pouvoir du Sahara jusqu’au Sud de l’Espagne (Al andalous) marquant ce vaste territoire de constructions du même style.

    De gauche à doite, Tour Hassan à Rabat, Minaret d’Agadir Amghar à Kasbat, Koutoubia de Marrakech, Copie à coté de Kasbat.

    C’est également dans cette partie de l’Oasis d’Akka qu’a vécu Sidi Abdellah Ben M’Barek, guide spirituel qui contribua à l’avènement de la dynastie sâadienne (au début du XVI° siècle) .En souvenir, un moussem est organisé chaque année dans la commune qui porte désormais son nom.

    L’histoire de ces confins marocains a été également profondément marquée par le commerce transsaharien qui pendant plusieurs siècles (du VII au XVII. Siècle.) a organisé les échanges entre le monde méditerranéen et l’Afrique subsaharienne.

    Ainsi Akka comme Tata et l’ancienne ville de Tamdoult ont été de grands ports caravaniers par où transitaient les immenses caravanes de plus de milles chameaux qui après deux mois de marche et 2000 kilomètres parcourus, arrivaient au Bilad ad Soudan (le pays des noirs)

    Là en échange de produits manufacturés, tissus, bijoux, dates et lé, elles en ramenaient surtout de l’or et des esclaves.

    Itinéraires des échanges transsahariens

    Ces échanges ont non seulement contribué à la prospérité de ces villes mais aussi au mixage de leur population, constituée alors de berbères, d’arabes, de noirs et de juifs.

    Cet attrait pour les richesses du Sahel s’est prolongé jusqu’à la fin du XVI° siècle quand le sultan El Mansour Ad Dhahbi entrepris son expédition contre l’empire Songhaï pour occuper Tombouctou et la boucle du Niger et profiter de ses ressources en or et en sel. Mais sait-on que c’est la ville de Tata qui fut choisie pour être la base arrière de cette expédition et qu’à sa suite la région de Tombouctou fut administrée par le pouvoir marocain pendant plus d’un siècle ?

    Mosquée de Djenné au Bilal al Soudan (Le pays des noirs)

    Le développement des voies maritimes desservant l’Afrique, l’exploitation de l’or des Amériques et l’abolition de l’esclavage ont progressivement ruiné ce commerce transsaharien. A commencé alors une longue période de repli et de régression qui s’est poursuivie durant la période coloniale du fait du peu d’intérêt économique prêtée à la région, considérée alors comme faisant partie du « Maroc inutile ».

    Ce repli s’est traduit par un enclavement du sud de l’Anti-Atlas, et en particulier de la région du Bani et du Draa, enclavement considéré par certains géographes comme une cause majeure du sous-développement de la région.

    Jusqu’au début des années 80 Tata était à plusieurs heures de piste de la première route goudronnée et à une journée de voyage de Taroudant ou d’Agadir dans la vallée du Souss

    Cf l’ouvrage « Le pays du Bani, désenclavement et développement dans le Sud du Maroc » Mohamed Oudala

    Le conflit du Sahara occidental et en particulier les incursions du Polisario, au début des années 80, dans quelques oasis de la province de Tata conduisirent l’Etat marocain à entreprendre une politique d’investissement public dans différents secteurs : routes , écoles, eau, électricité, qui a transformé les conditions de vie dans la région et contribué à son désenclavement.

    Si l’on veut une preuve de ce désenclavement il suffit de se rendre à la nouvelle gare routière de Tata où 18 lignes de bus, desservant la plupart des grandes villes du Nord comme du Sud du Maroc, sont proposées aux voyageurs. Cette offre est loin d’être anecdotique quand on sait que la mobilité de la population des oasis est une condition de leur survie, comme on le verra par la suite.

    (La généralisation du téléphone mobile a également contribué au désenclavement de la région.)

    Un autre aspect tout à fait remarquable résultant de cette politique d’investissement public a été la création d’écoles et le développement de la scolarisation des garçons et filles de la région que l’on peut voir dès le matin sillonner les routes les menant au savoir.

    La vie dans cette région, aux marges du désert, est concentrée dans les 150 oasis que compte la province de Tata. Ces oasis s’étagent du piémont de l’Anti-Atlas jusque dans les plaines bordant la rive droite du Draa. Mais les plus importantes de ces oasis se situent en bordure du Bani. Cette longue chaîne de montagne qui s’étend d’Est en Ouest sur plus de plus de 400km sur le flanc sud de l’Anti-Atlas constitue une sorte de barrage naturel à l’écoulement des eaux venant de l’amont.

    Tout au long du Bani se trouvent des « foums » c’est-à-dire des cluses où l’eau se concentre et au débouché desquels se sont constituées les plus grandes oasis de la région : Foum Zguid à l’est, Tata, Akka, Foum El Hassan à l’Ouest.

    Si les oasis de cette région du Bani ne sont plus les grands ports caravaniers transsahariens de jadis, leur territoire demeure une zone de transit des grands troupeaux de dromadaire des nomades présahariens qui au printemps remontent vers le nord de l’Anti-Atlas pour accéder aux pâturages de l’arganeraie et de la vallée du Souss. Mais la coexistence de ces éleveurs nomades et des populations sédentaires a été et demeure en partie conflictuelle.

    Remontée des nomades vers le Nord, et Dégâts provoqués par les troupeaux transhumant

    Cette opposition et d’une façon plus générale l’insécurité qui a caractérisé pendant très longtemps l’Anti-Atlas sont à l’origine de la création de ksour et de greniers fortifiés afin de protéger des razzias les biens et les récoltes des villageois.

    Ces greniers que l’on peut trouver au coeur des villages comme à Aït Kine ou au sommet de pitons rocheux comme le magnifique grenier d’Amtoudi, constituent un patrimoine architectural de grande valeur qui grâce à l’action de Salima Naji est maintenant largement reconnu et en voie de restauration.

    A gauche, le Grenier d’Aït Kine, et à droite, le Grenier d’Amtoudi

    2 La renaissance de l’Oasis de kasbat (Innover pour durer)

    Les oasis du Bani, dont certaines sont millénaires ont vu leur survie menacée par de nombreux problèmes : la maladie du Bayoud qui affecte les meilleures variétés de palmiers dattiers, l’ensablement et la salinité qui réduisent l’espace cultivable de certaines oasis, la succession de nombreuses années sèches au cours des 40 dernières années, provoquant le rabattement des nappes et entraînant le tarissement des Khettaras, ces canalisations souterraines qui alimentent en eau la plupart des oasis traditionnelles.

    C’est précisément ce qui s’est produit dans l’oasis de Kasbat située dans la commune de sidi Abdellah ben M’Barek au nord d’Akka, au pied du Djebel Bani.

    Bayoud (à gauche) et Salinisation des sols (à droite)

    Kasbat fait partie de la dizaine de villages qui entourent la grande palmeraie d’Akka. Celle-ci est alimentée en eau à partir de seuils de dérivation ou de résurgences de l’oued Akka au niveau du foum situé en amont de la palmeraie. L’eau est ensuite conduite par des séguias jusque sur les territoires des villages. Ces séguias sont parfois partiellement enterrées et prennent alors l’allure de Khettaras, par ailleurs, les crues périodiques de l’oued nécessitent d’importants travaux de curage de ces séguias.

    Les habitants de Kasbat possèdent des droits d’eau dans deux séguias : Aïn Jdid qui débute par une dérivation sur l’oued Akka et Aïn Boucheïn qui est une résurgence de ce même oued.

    Aïn Jdid a toujours eu un débit fluctuant mais en 1987, après les grandes sécheresses du début des années 80, elle s’est arrêtée de couler. Toutes les terres qui étaient irriguées par cette séguia se sont alors asséchées, les palmiers n’on plus été exploités et les cultures basses ont été abandonnées.

    Partie de l’oasis de Kasbat qui s’est desséchée

    Pour faire face à cette situation quelques habitants de Kasbat (5) qui en avaient les moyens, ont creusé des puits pour retrouver de l’eau.

    Passant d’une démarche individuelle à une démarche plus collective, d’autres agriculteurs, regroupés au sein d’une association nommée Azaghar, prirent l’initiative de créer un puits en commun afin de compenser le tarissement d’Aïn Jdid.

    Grace à l’aide de l’Alcesdam ce puits fut creusé en 2000 et complété par la construction d’un bassin d’accumulation et d’un réseau de canalisation en PVC fonctionnel à partir de 2003. Un deuxième puits fut réalisé en 2007 grâce à un financement du PNUD. Les canalisations des deux puits furent connectées afin de régulariser et garantir l’alimentation en eau des terres irriguées.

    Après le succès des premières réhabilitations, on a assisté à une augmentation de la demande de la population pour irriguer de nouvelles terres. C’est alors que fut construit un troisième puits collectif financé par l’INDH (Institut National de Développement Humain ) pour répondre à cette demande.

    Le pompage de l’eau se fait àune profondeur de 20 à 30 mètres à l’aide de motopompes fonctionnant au gasoil ou au gaz. Mais ce pompage est

    coûteux. Pour réduire ce coût, en 2012, un puits fut équipé en panneaux solaires. Coût de l’opération (400000 Dirhams) pris en charge par la coopération avec Monaco.

    Dans un premier temps l’association Azaghar a pris en charge la moitié du coût de l’équipement des puits collectifs (pompe, canalisation électrification) et fournit la main d’oeuvre pour son installation et la construction des bassins d’accumulation.

    Ensuite c’est elle qui a assuré la gestion du réseau de distribution de l’eau. Les adhérents à l’association paient l’eau à l’heure d’irrigation (20dh/h ?) mais les non adhérents peuvent aussi acheter de l’eau à un prix légèrement majoré.

    Notons que ce nouveau système de distribution de l’eau à partir des pompages collectifs est bien différent de celui existant pour la séguia Aïn Jdid où la distribution de l’eau ne bénéficie qu’à ceux qui disposent de droits d’eau, généralement hérités du passé et fortement morcelés au fil des successions.

    La disponibilité en eau offerte par les puits construits à Kasbat a permis la reconquête d’un grade partie des terres abandonnées à la suite du tarissement d’Aïn Jdid. C’est ainsi que près de 30 hectares ont pu être récupérés sur lesquels ont été créés des jardins familiaux dépassant rarement un hectare. Dans chacun d’entre eux on retrouve l’ambiance et la formidable diversité végétale de l’oasis. A l’étage supérieur sont associés au palmier, citronnier, oranger, figuier, vigne, grenadier ; à l’étage inférieur il n’est pas rare de trouver dans un seul jardin près de dix espèces maraichères : oignon, fève, carottes, persil, navet, courgette, courge, petits pois, choux, auxquelles s’ajoute la luzerne.

    La luzerne est une véritable bénédiction pour les oasis car non seulement elle améliore la fertilité des sols et nourrit les animaux du village mais sa vente au souk pour satisfaire aux besoins de l’élevage domestique urbain est très rémunératrice. (On a calculé qu’un hectare de luzerne pouvait rapporter près de 20 000 dirhams)

    On voit que l’Alcesdam, association de lutte contre l’érosion la sécheresse et la désertification au Maroc, qui depuis 1985 travaille à la réhabilitation des oasis de la région de Tata a joué un rôle important dans la reconstruction de l’oasis de kasbat.

    Mais compte tenu de l’existence et du renforcement des institutions publiques en charge du développement des oasis on est en droit de se demander quel peut être le rôle de ce type d’ONG.

    L’analyse des interventions de l’Alcesdam à Kasbat qui se sont échelonnées durant près de 20 ans, nous fournit en partie la réponse à cette question.

    Tout d’abord, ayant comme principe de ne travailler à la réhabilitation des oasis qu’avec des associations locales, elle a favorisé la constitution de l’association Azaghar créée à l‘initiative d’Hadj Ali Saaou (après une visite organisée par la Direction provinciale de l’agriculture DPA à Errachidia).

    Au départ, en 1995, cette association ne regroupait qu’une douzaine de membres essentiellement mobilisés par la construction de puits pour pallier le tarissement d’Aïn Jdid. Par la suite et à la faveur de la diversification de ses activités le nombre de ses adhérents a rapidement augmenté pour atteindre 80 membres dot 30 femmes comprenant des veuves et des femmes d’émigrés

    C’est avec cette association que l’Alcesdam a entreprit la réhabilitation de l’oasis et réalisé un certain nombre d’actions innovantes qui, pour la plupart, ont été ensuite reprises et diffusées à l’échelle régionale.

    La première de ces actions innovantes fut en 1999 l’installation d’un broyeur pour transformer les dates de mauvaise qualité en un aliment du bétail, riche en énergie. 18 ans après ce broyeur fonctionne toujours et a permis de créer un emploi à mi-temps.

    Une autre action innovante initiée par l’Alcesdam a été l’équipement dès 2012, de panneaux solaires des puits collectifs afin de relayer le pompage par moteur thermique plus couteux. Coût de l’opération 400000 Dirhams financée par la coopération avec Monaco. Depuis ce recours à l’énergie solaire s’est développé dans la région et fait l’objet d’une forte demande dans les autres oasis réhabilitées.

    La production de dattes demeure une des éléments de base de l’économie de l’oasis de kasbat, encore faut-il produire des dattes de bonne qualité. Pour lutter contre la dépréciation des dattes par la pyrale dont les oeufs donnent naissance à des larves se développant à l’intérieur des fruits, l’Alcesdam a expérimenté dans les années 90 un traitement thermique des dattes grâce à l’utilisation d’une étuve appelée du nom de son inventeur, le four Gonet. Par la suite cette étuve, bien adaptée aux petites structures de production, s’est diffusée dans d’autres oasis du Sud du Maroc.

    A gauche, le Four Gonet. A droite, vente directe de dattes au Souk

    Pendant longtemps la vente directe des dattes au marché ou à des intermédiaires a privé les agriculteurs de l’oasis de la plus value liée à la valorisation de leurs produits. C’est pour palier ce manque à gagner et améliorer la présentation et la commercialisation des dattes de l’oasis que fut créée au début des années 2000 une station de conditionnement qui s’est ensuite transformée en une coopérative, la coopérative de Taskala créée à l’initiative de l’Azaghar et de l’Alcesdam et avec l’appui financier de Projet Oasis Sud (POS).

    Directeur et président de la coopérative Taskala de traitement des dattes

    Un autre domaine où les actions conjointes de l’Alcesdam et de l’association Azghar ont été novatrices c’est en matière d’élevage.

    Les oasis du Sud du Maroc ont la chance de disposer d’une race de brebis, la D’man, qui est particulièrement prolifique puisqu’elle peut faire 2 à 3 agnelages par an. Afin de fournir des géniteurs de cette race aux éleveurs du village, l’association a créé une bergerie pépinière et afin de l’approvisionner en fourrage, une luzernière collective a été mise en place.

     

    Dans ce travail de réhabilitation des oasis les actions de l’Alcesdam ne se sont pas limitées au seul domaine agricole. En dehors de ce secteur deux initiatives ont eues un impact important. La première a été la création de foyers féminins permettant la fabrication de produits artisanaux mais surtout offrant la possibilité d’une formation préscolaire aux petits enfants de l’oasis comme on peut le voir à kasbat.

    La deuxième initiative (résultant d’une coopération avec l’Alcesdam France) a été la distribution de vélos aux garçons et aux filles habitants loin des écoles afin de favoriser leur scolarisation notamment celle des filles. Depuis plus de 15 ans plusieurs centaines de vélos ont été distribués et cette action a certainement contribué au taux particulièrement élevé de scolarisation de la province de Tata.

    3 Un avenir incertain

    Même en créant de nouvelles plantations de palmiers, en modernisant l’exploitation des jardins notamment par le recours au goutte à goutte, ou en valorisant les produits de l’oasis comme le fait la coopérative Taskalla, l’avenir de kasbat comme celui des oasis de la région n’est pas assuré.

    En effet l’oasis ne génère pas suffisamment de revenus pour être autonome financièrement.

    Pour survivre les familles de l’oasis doivent disposer de revenus complémentaires. Ceux-ci peuvent provenir du commerce mais pour la majeure partie d’entre elles c’est la migration qui leur fournit ces revenus.

    Au cours du temps cette migration a beaucoup évolué. Avant l’indépendance (du Maroc) c’était la migration en Algérie qui était dominante, puis durant les trente glorieuses, les besoins en main-d’oeuvre dans l’industrie et les mines en France et en Europe suscitèrent un flux important de migrants de longue durée.

    Les douars les plus reculés de l’Anti-Atlas ont largement contribué à cette migration internationale comme l’attestent les imposantes maisons construites avec l’argent de l’émigration.

    Avec le ralentissement de l’économie des pays du Nord et les restrictions mises à l’émigration ce flux s’est en grande partie tari. Lui a succédé une émigration qui se fait essentiellement à l’intérieur du Maroc.

    Chaque oasis s’est plus ou moins spécialisée dans un domaine d’activité (la construction, le commerce alimentaire, la pâtisserie) et les membres des familles oasiennes qui migrent dans les villes du Nord pour exercer cette activité le font de façon temporaire (durant un à deux ans) et par roulement entre les membres de la famille élargie.

    Désormais, la principale émigration à partir des oasis est donc une émigration intérieure et temporaire. Cette émigration tout en contribuant à la survie économique de l’oasis la prive d’une partie importante de sa force de travail. Si on ajoute à cela le peu d’intérêt des jeunes à reprendre les tâches de leurs pères on voit que, plus que le Bayoud ou même la sècheresse, ce qui menace l’avenir des oasis est le manque de main d’oeuvre et la perte des savoirs faire nécessaires à une bonne gestion des palmeraies.

    Ainsi il devient de plus en plus difficile de trouver des oasiens capables de grimper sur les palmiers pour favoriser leur pollinisation et améliorer leur productivité.

    Ces évolutions nécessitent de repenser le fonctionnement des oasis pour y intéresser les nouvelles générations comme s’efforce de le faire la commune de Kasbat sidi Abdellah Ben Barek en créant une association des jeunes (que nous présente son président).

    On voit que l’avenir de Kasbat comme de la plupart des oasis de la région est incertain.

    En effet ces oasis ont à faire face à de nombreux handicaps :

    • Un climat particulièrement aride,
    • Des ressources en eau rares et aléatoires,
    • L’éloignement des marchés,
    • Une main d’oeuvre vieillissante et se raréfiant.

    Tous ces handicaps font que la survie des oasis ne pourra être assurée que grâce à la solidarité financière avec des régions plus favorisées du pays à l’instar de ce que fait la politique agricole commune en Europe pour les zones difficiles.

    Mais à coté de ces handicaps les oasis du Bani disposent aussi d’un certain nombre d’atouts qu’il convient de valoriser :

    Les ressources en eau aussi rares que brutales permettent des cultures d’épandage de crue notamment dans la basse vallée du Draa, cultures certes très aléatoires mais qui, les bonnes années, peuvent fournir des céréales à l’oasis pour plusieurs années.

    Crue de l’oued Tata (à gauche), et, à droite, orge de décrue (100 épis par pieds !)

    Ce sont aussi des agroécosystèmes présentant une grande biodiversité concernant aussi bien les variétés de dattes, les cultures maraichères et de décrue ou les races de brebis.

    Ces oasis constituent également un patrimoine archéologique, architectural et culturel tout a fait remarquable (comme on a pu le voir précédemment).

    Le tourisme, s’il est respectueux de ce patrimoine, est une façon de le valoriser notamment en restaurant les anciens douars et en y créant des maisons d’accueil comme cela a été fait pour Dar Infiane.

    Par ailleurs le caractère assez exceptionnel de ce patrimoine mérite que ces oasis puissent bénéficier, comme cela a été le cas pour Agadir Azrou, de l’aide des pays et institutions qui sont attachés à la préservation du patrimoine commun à toute l’humanité.

    Mais l’exemple de Kasbat et de son association Azaghar, nous montre que l’avenir des oasis passe par la mobilisation des populations et ressources locales grâce à l’initiative d’hommes et de femmes soucieux d’assurer la survie de leur oasis.

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